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Auto stop

Auto stop - Darin Cortez

Avez-vous déjà fait du pouce ? La dernière fois que ça m’est arrivé, c’était il n’y a pas très longtemps. J’étais à Montréal, et je devais me rendre à Sorel. Je m’étais posté avant le pont Le Gardeur à la sortie de Rivière-des-Prairies, et j’ai levé le pouce. Un truck énorme s’est arrêté à ma hauteur en donnant un coup de klaxon. Je me suis hissé sur le marchepied et j’ai ouvert la portière. Je m’apprêtais à saluer et remercier le camionneur, quand je vis une jeune demoiselle assise au volant. J’ai bafouillé de surprise :

- Bonjour, vous êtes la camionneuse !

- Non, je suis la fille du père Noël et je promène son traineau, répondit-elle du tac au tac en riant.

Bon, la fille avait au moins de la répartie. Et puis, si elle était au volant de ce engin démesuré, c’est qu’elle en avait la capacité, mais je restais dubitatif quand même ; la voir si jeune et si frêle me rendait perplexe.

« Bon, arrête tes préjugés et accepte de te faire transporter par une femme », me dis-je, et je me suis assis sur le siège passager.

Elle a démarré en douceur sans me demander où j’allais. Bah ! J’aurai tout le temps de le lui dire. Pour l’instant, une seule chose me préoccupait :

- Ce métier n’est pas trop dur pour une jeune fille. Excusez-moi, mais vous n’êtes pas très robuste pour manœuvrer ce monstre !

- Oh ! Ces camions se conduisent du bout des doigts. Regarde !

Elle lâcha le volant pour ne le tenir qu’avec son index.

- Eh ! Tenez la barre, matelot !

- N’aie pas peur, tu as vu, il obéit comme un chien fidèle.

J’eus un peu honte de ma méfiance. Je devais reprendre confiance.

- Vous longez le Saint-Laurent ?

- Oui, tu vas où ?

Ah ! Enfin, elle s’intéressait à moi.

- Je vous proposerais bien le septième ciel, mais je crains que ce ne soit pas votre route.

- T’as tout compris, mon ami ! Tu sais, t’es pas le premier à vouloir me charmer, mais c’est peine perdue. Je suis lesbienne.

« Et vlan ! » Je suis resté muet quelques minutes. Mon mutisme l’a agacée.

- Tu peux quand même me faire la conversation, tu sais, je ne suis pas une extraterrestre.

- Oui, excusez-moi. Mais vous n’êtes pas une fille ordinaire, vous !

- Oh si ! Tellement ordinaire que tu peux même me tutoyer, ça sera plus agréable.

- OK, ma belle !

Je me suis raclé la gorge pour m’éclaircir la voix :

- Tu es mariée ?

- Non, pas encore, mais j’ai une copine attitrée. Et toi ?

- Pas de copine.

Je pris quelques secondes.

- Pas de copain non plus, ai-je ajouté en souriant, je préfère nettement les copines. Mais dis-moi, pourquoi t’es-tu arrêtée si tu n’aimes pas pogner avec les hommes ?

- Les hommes, je sais les remettre à leur place. Mais ma bonté d’âme me fait toujours prendre des auto-stoppeurs et stoppeuses, ça occupe.

Bon, amis lecteurs, je vous passe notre conversation deux heures durant, à tel point que nous avions passé Sorel-Tracy depuis une demi-heure quand la fille me demanda :

- Au fait, tu ne m’as toujours pas dit où je devais te déposer.

C’est là que j’ai réalisé : j’avais raté mon point de chute ! J’y avais rendez-vous avec mes parents, et mes frères et sœurs pour discuter de la planification fiscale d’un projet familiale. Comme ce projet m’ennuyait un peu, j’ai décidé de continuer la route pour savourer la conversation de cette fille pas banale.

- Québec, ai-je lancé.

À propos de l’auteur :

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Salut, moi c’est Darin! Mes passions sont l’histoire et la géographie : j’espère d’ailleurs avoir plus souvent l’occasion de couvrir ces sujets sur mon blogue actuel. Cela dit, pour le moment, mon blogue est un très sympathique journal de bord – voilà pourquoi je parle de pleins de sujets diversifiés qui touche ma vie personnelle. Mon mot d’ordre : l’originalité! C’est pourquoi je porte (presque!) toujours un nœud papillon : ça fait jaser!